Notre-Dame des Champs
Une œuvre intime et puissante au cœur de Montparnasse
Dans le quartier vivant de Montparnasse, l’église Notre-Dame-des-Champs abrite un instrument exceptionnel signé Aristide Cavaillé-Coll. Moins connu que les grandes orgues de Saint-Sulpice ou de Notre-Dame de Paris, cet orgue construit en 1876–1877 n’en demeure pas moins un témoin remarquable du génie du facteur et de son art du compromis entre élégance sonore, puissance maîtrisée et innovations mécaniques. Il s’agit d’un des instruments auxquels Cavaillé-Coll a apporté une attention toute particulière, étant lui-même paroissien de l’église.
Une église et un orgue au service d’une vie liturgique animée
Sur le boulevard Montparnasse, l’église Notre-Dame-des-Champs s’impose depuis la fin du XIXᵉ siècle comme un repère spirituel et artistique du quartier. L’instrument qui en habite la tribune porte la signature d’un nom légendaire : Aristide Cavaillé-Coll, le plus illustre facteur d’orgues français.
Proche de la paroisse où il résidait, Cavaillé-Coll fut directement impliqué dans la construction de l’édifice et la conception de ses instruments — un grand orgue de tribune et un orgue de chœur.
Le premier devis, daté du 15 mars 1875, prévoyait un instrument de 24 jeux sur deux claviers pour un coût de 30 000 francs. Un avenant du 12 avril 1876, d’un montant de 5 000 francs supplémentaires, enrichit la composition d’une Montre 16’, d’un Cornet de 5 rangs, et de deux pédales de combinaisons permettant l’accouplement du Grand-Orgue à la machine Barker et l’octave grave.
Le petit orgue de chœur, doté de 10 jeux, fut livré pour Noël 1876 et inauguré par Gabriel Fauré. Quant au grand orgue, il fut achevé fin janvier 1877 puis expertisé par une commission prestigieuse présidée par Eugène Gigout, assisté du comte du Moncel et de François Bazin.
Un concours exceptionnel pour un orgue exceptionnel
Le 10 janvier 1877, un concours fut organisé pour désigner le premier titulaire. Sous la présidence de Charles Gounod, le jury réunissait des figures majeures : César Franck, Charles-Marie Widor, Alexandre Guilmant et Eugène Gigout.
Neuf candidats furent auditionnés pendant près de cinq heures autour de quatre épreuves : exécution d’un plain-chant, improvisation, pièce personnelle et œuvre d’un maître avec pédale obligée.
Le lauréat, Auguste Andlauer (1845–1926), élève d’Alphonse Mailly et de Jacques-Nicolas Lemmens, fut nommé titulaire à l’unanimité.
L’inauguration solennelle eut lieu le 20 mars 1877, bénie par Mgr Ravinet, avec Widor et Andlauer aux claviers.
Le critique Félix Raugel écrira plus tard :
« Cavaillé-Coll le citait volontiers comme l’un de ses instruments les mieux réussis au point de vue de la qualité du son. »

Une conception typiquement romantique
Conçu à l’origine avec 26 jeux répartis sur deux claviers et un pédalier, l’orgue de Notre-Dame-des-Champs bien que pas le meilleur édifié par Aristide Cavaillé-Coll, bénéficie pourtant de tout le raffinement sonore et technique propre à sa facture.
Caractéristiques techniques principales :
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Jeux actuels : 34, répartis sur 2 claviers manuels (56 notes) et un pédalier (30 notes).
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Transmission mécanique pour les notes et les jeux.
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Présence d’une machine Barker pour le Grand-Orgue, permettant un toucher léger malgré la richesse sonore.
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Accouplements : II/I, I/P, II/P.
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Buffet sobre, intégré à la tribune néo-romane, sans surcharge décorative.
L’harmonisation, typique de Cavaillé-Coll, marie des fonds généreux, des flûtes expressives et des anches puissantes mais équilibrées. L’orgue offre une sonorité riche, chaleureuse et claire, parfaitement adaptée à la liturgie mais aussi aux œuvres de Franck, Widor ou Vierne.
Une sonorité raffinée et expressive
Loin des effets de masse que l’on trouve dans les grandes orgues monumentales, l’orgue de Notre-Dame-des-Champs mise d'avantage sur la profondeur des timbres et la subtilité expressive. Le récit expressif permet de magnifiques nuances dynamiques, et les jeux d’anches bien dosés confèrent à l’ensemble une grande noblesse sonore.
Ce caractère en fait un instrument particulièrement apprécié pour l’interprétation du répertoire romantique français, mais aussi pour la musique liturgique quotidienne. La chaleur de ses jeux de fonds, le velouté de ses gambes et l’éclat modéré de ses anches créent un équilibre acoustique très séduisant.
Une tradition musicale portée par de grands organistes
L’histoire de l’orgue de Notre-Dame-des-Champs est indissociable de celle de ses titulaires.
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Auguste Andlauer, premier titulaire, fut aussi professeur au Collège Stanislas et compositeur d’œuvres liturgiques raffinées.
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Son fils Louis Andlauer (1876–1915), organiste du chœur, élève de Widor et Guilmant, mourut au front durant la Première Guerre mondiale. Louis Vierne lui dédia une pièce en hommage.
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Émile Bernard (1843–1902), compositeur et pédagogue, lui succéda, ami de Saint-Saëns et Guilmant.
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René Vierne, frère cadet de Louis, occupa la tribune de 1904 à 1918.
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Après la Seconde Guerre mondiale, Francisque Froment (1918–1961) fit restaurer l’instrument et invita Marcel Dupré à en diriger la réinauguration en 1947.
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Jean-Pierre Leguay (titulaire de 1961 à 1984), futur organiste de Notre-Dame de Paris, supervisa la restauration Schwenkedel.
Aujourd’hui encore, l’orgue reste au cœur de la vie musicale du quartier, accompagnant offices, concerts et festivals.
Une histoire vivante et des restaurations respectueuses
Au fil du temps, l’orgue a connu plusieurs campagnes de travaux, reflet des goûts musicaux de chaque époque.
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1904 (Charles Mutin) : premier relevage documenté, accompagné de transformations discutables — disparition de la Montre 16’ et du Cornet, apparition d’une « Doublette 8’ » atypique.
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1947 (Daniellot & Salmon) : restauration mécanique complète, recul de la tribune de 80 cm pour accueillir la maîtrise.
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1973 (Schwenkedel) : restauration plus radicale, orientée vers le néo-classicisme ; l’orgue passe à 34 jeux. Inauguré par Jean-Jacques Grunenwald, Gaston Litaize et Jean-Pierre Leguay, ce chantier fut marqué par la création de Péan I de Leguay.
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2004 (Franck Fossaert) : réharmonisation générale, retour d’un Hautbois 8’ et travail sur l’équilibre des fonds.
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Depuis 2009, l’entretien est assuré par Alain Léon.
Malgré ces transformations, une large partie du matériel d’origine (soufflerie, sommiers, tuyauterie) demeure authentiquement Cavaillé-Coll.
César Franck, un voisin de cœur
L’histoire de Notre-Dame-des-Champs croise celle de César Franck, figure tutélaire de l’orgue romantique français.
Résidant non loin de la paroisse, il participa au jury du concours de 1877 et fut l’un des premiers à jouer sur l’instrument.
Son influence marqua durablement la vie musicale du lieu : le maître de chapelle Lucien Michelot fit connaître plusieurs transcriptions de son Panis Angelicus, et le mariage de la petite-fille de Franck fut célébré ici, accompagné par Louis et René Vierne.
L’orgue de Notre-Dame-des-Champs apparaît ainsi comme un jalon essentiel de l’école franckiste, entre Sainte-Clotilde, Saint-Sulpice et Notre-Dame.
Interprétation du Prélude grave de René Vierne par Yannick Merlin à l'orgue Cavaillé-Coll de Notre-Dame des Champs.
© Vincent Hildebrandt
Un joyau discret à nettoyer
Bien que moins imposant que certains instruments parisiens célèbres, l’orgue de Notre-Dame-des-Champs est un véritable trésor musical, intime, noble et expressif. Il incarne à la perfection la vision romantique d’Aristide Cavaillé-Coll, conjuguant finesse sonore, robustesse mécanique et beauté liturgique.
Mais malheureusement, cet orgue est aujourd'hui muet. En effet, les 23 et 24 juillet 2025, cette merveille architecturale et musicale a été endommagé par deux incendies successifs. Contrairement à l'orgue de chœur de la paroisse il a eu la chance de n'être qu'empoussiéré. La paroisse Notre-Dame des Champs a plus que jamais besoin de votre soutien afin de le nettoyer et remettre en état.

Informations pratiques
91 Bd du Montparnasse
75006 Paris
Horaires d'ouvertures
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Lundi à samedi : de 7h30 à 19h15
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Dimanche : de 8h30 à 13h00, puis de 15h00 à 20h45
Contact
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